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Être entrepreneure … avec un « e » j’insiste !

« On est seul deux fois dans la vie, devant la mort et avant de monter sur scène. » J’ai cette sensation plus de 300 fois par an. Non pas parce que je suis au bord de la mort, mais parce que je monte sur scène presque quotidiennement. Je suis entrepreneure et j’ai inventé une manière différente de faire parler de notre entreprise à l’aide de spectacles nommés « Dégustation de son ». Et même si j’ai peur tous les jours avant de monter sur scène, c’est un métier de rêve car il associe mes passions pour la nature et la musique.

Être entrepreneure, et j’insiste, c’est entrepreneure avec un « e » final. Et non, je ne suis pas « entrepreneuse » … À l’heure où fleurissent partout les #metoo, beaucoup de mises au point sont de rigueur. Être entrepreneure est un double challenge, à la fois le métier et le fait d’être femme. Se faire accepter en tant que femme, associée et non pas la secrétaire de mon associé, ni celle de mon compagnon de vie qui m’accompagne régulièrement à titre professionnel.

Lausanne, un jeudi soir, dans un palace, il est 19h30, les invités commencent à arriver, je suis fébrile, je vais entrer sur scène devant un parterre d’une cinquantaine d’hommes, faisant tous partie de l’élite économique, scientifique et politique. Mon compagnon de vie et « roadie » m’accompagne pour l’occasion. Et à peu de chose près, chaque convive lui demande si c’est bien lui qui fait la présentation. Alors qu’ils ont tous reçu l’invitation qui indiquait clairement qu’il s’agissait d’une « Dégustation de son », une conférence-spectacle donnée par la Directrice et Fondatrice de JMC Lutherie avec mon nom … mais visiblement, une entrepreneure avec « e » chamboule les habitudes.

Je les regarde converser entre eux et je me dis que c’est incroyable, car ils sont tous venus pour m’écouter. La tension monte en moi, j’ai peur, je transpire, je fais mon rituel de préparation pour mieux arriver à me concentrer et ne pas céder à la panique. C’est à chaque fois la même peur, alors qu’il doit s’agir de ma 2’232ème « Dégustation de son » publique. Est-ce que la magie va à nouveau œuvrer ? Est-ce que l’histoire que je vais raconter va fonctionner alors que je vais être seule sur scène pendant plus d’une heure ? Et est-ce la magie de la musique issue du bois de résonance va toucher ce public ?

Même si j’ai donné plus de 2’000 spectacles, c’est toujours un challenge. Ce matin-là, par exemple, je me suis levée à 4 heures du matin car je n’arrivais plus à dormir. Je devais trouver une solution pour un client, diminuer l’avalanche d’emails dans ma boîte de réception, préparer une invitation pour un prochain événement avec de surcroît la liste de personnes à y convier à trier dans une liste de 3’600 personnes … Puis lever ma fille, la préparer, négocier le choix des habits avec elle ainsi que sa coupe de cheveux … Ensuite, j’ai fait des kilomètres de trajets sur des routes bouchonnées. C’est une journée type pour moi. Les activités et l’horaire changent tous les jours. Il faut être fit, oublier tout cela et être présent avec les convives pour leur raconter cette histoire, trouver les mots justes pour eux, les toucher, sentir leurs besoins et leurs envies pour arriver à les émouvoir. Je fais tout cela naturellement, en jonglant, parce que je suis une entrepreneure.

Et comme d’habitude, je vais à nouveau devoir expliquer que je suis LA directrice et fondatrice de la société et m’entendre dire dans la foulée : « alors, IL a combien d’employés ? » « Non, c’est MOI la directrice, vous pouvez me demander à moi, et non pas à mes employés masculins ! »

Ou alors on me présente comme « entrepreneuse », « et pourquoi pas entreprenante pendant qu’on y est ? C’est sûr que sans mes atouts physiques féminins, je n’y serais jamais arrivée … ! Ce n’est pas mon cerveau qui aurait pu m’aider … » Ce genre de sous-entendus sont très présents. J’ai toujours eu beaucoup de facilité à l’école et dans mes études, mais cela n’est pas l’important dans la vie d’une jeune femme encore en ce début de 21ème siècle !

Et bien, je souhaite que cela change. Ainsi, je répète tous les jours à ma fille de cinq ans qu’en plus d’être belle, qu’elle est très intelligente et forte pour pouvoir non seulement se défendre, mais aussi se battre contre ses camarades garçons et filles. D’ailleurs, je l’encourage à faire des bêtises. Je lui donne des points si elle se fait gronder par sa maîtresse, et même deux points si elle doit aller à la « table du silence pour les enfants punis » car en 18 mois d’école, elle ne l’a jamais été. Je ne veux pas en faire une fille obéissante et sage uniquement ! Je fais cela à l’instar de Jean-Claude Biver qui racontait qu’à ses débuts chez Hublot, pour valoriser l’apprentissage issue de l’échec, il offrait une prime de CHF 1’000.- pour une « bonne » erreur.

Je peux vous dire que dans ma vie d’entrepreneure, si j’avais reçu cette fameuse prime à chacune de mes erreurs, je serai millionnaire … Et oui, je suis « millionnaire » d’expériences. Et pourtant chaque jour, lorsqu’il s’agit de monter sur scène, physiquement ou simplement en tant qu’entrepreneure, je ressens cette peur, et comme l’artiste qui sait que cela va le dynamiser, le sublimer, j’avance … Oui, j’ai peur ainsi 300 fois par an pour monter sur scène, ainsi que devant la mort, mais je vis à fond, comme si ma mort devait vraiment arriver demain …

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